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La gare de Vierville, désaffectée
depuis 1930

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Paulette Coliboeuf vers 1947

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Confirmation de Suzanne Coliboeuf en 1948

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La famille Coliboeuf après la guerre, vers
1948
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(Nuit et aube du 6 juin)
"A la gare routière vivaient
6 personnes: un ménage et 4 de leurs enfants,
les deux filles étant plus jeunes que leurs
frères. La fille aînée était
mariée à un marin-pêcheur de Grandcamp
et le fils aîné, requis par le STO, quelque
part en Allemagne.
Ils devaient se partager, pour
la nuit, les 4 pièces que comportait cette
gare, comme toutes les petites gares des villages
traversés par la ligne à voie étroite
reliant Le Molay-Littry à Isigny-sur-Mer. De
plus il y avait un auvent pour abriter les voyageurs
et, sous une partie de la construction seulement,
une cave alors que cette pièce était
absente chez toutes les constructions du village.
La famille engraissait un cochon à l'extérieur
dans un enclos voisin de la niche en zinc de Tom,
le chien.
(Le petit train avait cessé
de rouler vers 1931 et les rails enlevés peu
après. Il avait été remplacé
par un autobus qui partait de Bayeux et qui, de quotidien,
était devenu hebdomadaire du fait des restrictions
de carburant et de circulation.)
Le père, le "père
Louis", cumulait toutes les fonctions communales,
sauf celle de fossoyeur. En effet il était
à la fois cantonnier, garde-champêtre
et sonneur civil. Cette fonction lui avait causé
plusieurs mois avant, une mauvaise surprise: en essayant
d'arrêter le tintement de la grosse cloche,
la corde de celle-ci, usée à l'endroit
de son passage dans le coulisseau de l'oculus avait
cédé alors qu'il se trouvait à
1m du sol et il s'était brisé les os
des 2 chevilles en retombant. Sa femme avait dû
le remplacer pendant quelques semaines.
Sa femme, la "mère
Jeanne", s'occupait de l'enregistrement des colis,
de fournir les billets aux rares voyageurs, et, dans
ses heures libres de petits travaux. Très bonne
cuisinière (elle était avant-guerre,
cuisinière au château de Vierville chez
les Hausermann), réputée pour
ses sauces, elle était souvent sollicitée
pour les repas de noces, baptêmes et communions."

Louis Coliboeuf
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"Précisément cette nuit du 5 au
6 juin elle avait accommodé les restes des trois
repas précédents pour servir le dernier
de la série dans une ferme de Vierville, et après
avoir nettoyé et rangé ses casseroles
et autres ustensiles, puis pris une brève collation,
elle avait quitté cette ferme vers 3h1/2.
Le brouhaha des conversations
et chants divers ne lui avait pas permis d'entendre
les diverses explosions de la nuit, mais dès
sa sortie elle eut une impression étrange:
quelque chose n'était pas normal et était
différent des autres nuits. Elle eut du mal
à analyser ce changement, finalement elle trouva
que c'était le bruit. Elle avait coutume d'entendre
le bruit caractéristique des avions alliés
et le sourd grondement des bombardements, mais cette
nuit il s'y ajoutait un long martèlement que
lui apportait par bouffée la brise de mer.
(il n'y avait pas de brise de mer mais un vent d'Ouest
force 3, le bruit des navires se propageait surtout
par l'eau et devait en effet être très
spécial)
Arrivée à la gare et au lieu de
se coucher, elle réveilla son mari et lui fit
part de ses appréhensions. Celui-ci se leva,
s'habilla et sortit. Il entendit aussi et dit aussitôt;
"Ce sont des bateaux et ils sont nombreux". "Mais
se dirigent-ils vers nous?". Il préféra
réveiller ses enfants et leur ordonna de s'habiller
puis de disposer dans leurs petites valises le strict
nécessaire.
Pendant ce temps le jour se levait peu à
peu. Il sortit et dans l'échancrure du vallon
regardant la mer, ou le peu que l'on pouvait en voir,
majestueux, un cuirassé défilait à
ce moment accompagné de 2 autres bâtiments
de guerre.
Le père Louis avait commencé de
creuser, à côté de la gare, une
tranchée peu profonde encore. Il y entraîna
sa famille. A peine furent-ils installés qu'un
obus frappa le fronton d'une lucarne du château
(celle-ci ne fut pas restaurée et resta borgne,
coupée par la toiture). Un 2ème obus
atteignit l'objectif: le clocheton de l'ancienne chapelle.
Ils reçurent des morceaux de pierres dans leur
tranchée et prirent la décision de se
réfugier dans leur cave, laissant chien et
porc à l'extérieur.
(le
6 juin dans la journée)
Jeanne entendit le tintement
des cloches lorsqu'elles tombèrent avec la
flèche du clocher (en fait le clocher
fut abattu vers 14h15) et dit à son mari:
"Tu n'auras pas à sonner l'Angélus et
probablement ceux à venir pendant longtemps".
Elle ne savait pas à cet instant qu'elle resterait
avec ses filles dans la cave 36 heures, dont près
de 8 heures sans Louis (voir plus loin la
journée du 7 juin à Vierville),
qu'elle verrait passer les ouvriers de l'entreprise
Todt (sortant de leur cantonnement au château,
seulement ceux qui n'étaient pas Allemands)
qui désiraient rejoindre les alliés,
puis dans la soirée des soldats Américains
avec quelques blindés"
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