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L'hotel du Casino, avant guerre

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On aperçoit la ruine
de l'hotel du Casino derrière
l'épave de ponton

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Le portail de l'Ormel

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La ferme de l'Ormel
après son incendie le 7 juin

L'Ormel le 6 juin
vers 11h du matin,vu d'avion
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2323
Les
souvenirs de la famille Piprel (6 juin)
Extraits de "Le jour le plus Fou" (par E.Coquart
et P. Huet, chez Albin Michel)
(nuit du 5 au 6 juin)
"A l'autre extrémité de la plage, côté
Ouest, la famille Piprel aussi a perdu sa maison (c'est l'hotel
du Casino). Mais elle est debout. C'est l'une des sept (qui
restent debout sur la plage). Les Allemands y tiennent trop. Adossé
contre la falaise de Vierville, l'hôtel du Casino offre un somptueux
panorama aux touristes. Vue imprenable sur la gigantesque virgule de
sable roux. L'occupant a d'autres soucis, mais ne s'est pas privé
de réquisitionner l'établissement. Pour boire et se détendre.
En février (1944), les Piprel, jusque-là
tolérés, furent chassés et durent déménager
dans le village. Depuis, le Feldwebel Georges Bermes, prof de gymnastique
à Cologne dans le civil, est le patron de l'hôtel du Casino,
ou plutôt du «Théodore fatigué », comme
l'a baptisé la population. (c'est une maison de
repos pour les soldats de la Wehrmacht)
(aube
du 6 juin) A Vierville, Pierre Piprel, dix-huit ans, et son frère
aîné Fernand, bouillent d'impatience. Depuis qu'elle a perdu son
mari, leur mère les couve comme des gosses de maternelle. En temps ordinaire,
elle a continuellement peur pour eux. Alors là, quand ils parlent de sortir
pour se renseigner, pour savoir ce qui se passe, elle panique: Hier soir, un avion
a longé la côte et a lâché un chapelet de bombes sur
la crête (voir dans les
souvenirs de Michel Hardelay, page 2321). Au village, on raconte qu'une
menuiserie de Sainte-Honorine-des-Pertes a pris feu et qu'il y aurait deux morts.
Qui sait ce qui peut arriver maintenant? Vers 5 heures du matin,
les deux garçons n'y tiennent plus. Ils décident de se rendre chez
M. Mary, lui il saura. Mary, c'est quelqu'un à Vierville : ingénieur
d'aéronautique, il est allé avant-guerre au Japon pour participer
à la mise au point des fameux «Zéro» nippons. Les avions,
c'est son affaire. L'expert habite à l'extrême
limite de la zone interdite, au bord des terrains minés. Y aller est toute
une aventure et plusieurs imprudents se sont déjà fait allumer par
des sentinelles à la gâchette nerveuse. Mais les Piprel ont leur
itinéraire secret ils coupent à travers les jardins et parviennent
chez M. Mary sans encombre. «Ce n'est rien, affirme
le connaisseur, c'est comme d'habitude. Les mêmes avions, les mêmes
bombardements. C'est normal.» Déçus, mais
respectueux, Pierre et Fernand retournent chez eux. En chemin toutefois, quelque
chose les intrigue là-bas, sur la mer. Ce n'est pas facile à distinguer.
Entre les maisons, les arbres et les haies, ils ne voient l'horizon que par morceaux
(l'aube se lève). Mais là-haut, depuis leur chambre
du dernier étage, la vue est dégagée.
Perplexes, les deux frères observent la multitude
de points noirs qui couvrent la mer au loin. «Ma
parole, dit Pierre, on dirait des bateaux...» Les
deux garçons retournent chez Mary. Malgré l'interdiction des Allemands,
il possède une paire de jumelles. L'inconvénient, c'est que de chez
lui, on ne voit pas la mer. «Venez
vite, Monsieur Mary! Prenez vos jumelles, on croit voir des bateaux!»
Toujours aussi sceptique, l'ingénieur se
fait prier. Puis, devant l'insistance des deux jeunes gens, il cède et
les suit. Il monte dans la chambre mansardée, grimpe sur une chaise, colle
la paire de jumelles contre ses yeux. «Oui!
Oui! s'exclame Mary, c'est plein de bateaux! Il y en a partout!»
Les fils Piprel sont sidérés. En quelques
minutes, la formidable armada s'est considérablement rapprochée
de la côte, mais ce qui les frappe tout autant, c'est le silence. Tous ces
navires qui avancent de front, qui déchirent la brume, paraissent irréels.
On dirait des fantômes. Le très
sérieux M. Mary rit comme un gamin. Il est 6 heures: la foudre s'abat sur
la côte...(le bombardement aérien et naval) Vierville
est touchée à la première salve. Des murs s'effondrent, des
maisons vacillent, les carreaux volent en éclats. Devant l'habitation des
Piprel, les poteaux électriques, fauchés par un obus, s'abattent.
Une brume opaque - écran protecteur lancé par les alliés
avant l'assaut - enveloppe soudain toute la côte, se mêle aux
colonnes de fumée, aux jaillissements des flammes, ajoute encore à
l'atmosphère de fin du monde. M. Mary surgit devant les Piprel. Avec sa
femme et son fils. Hébétés, hallucinés.
« Un miracle, un vrai miracle, clame-t-il d'une voix
haletante. Ma femme et mon garçon venaient de se lever. Nous étions
tous les trois dans la cuisine quand l'obus est tombé sur la maison, a
pulvérisé la salle à manger et la chambre de mon fils. »
(matin du 6 juin) Leur
mère est descendue à l'abri, mais Pierre et Fernand Piprel refusent
de s'enterrer. Ils veulent quitter Vierville. Mais pour aller où? Ils optent
pour Sainte-Honorine à l'autre bout de la plage, après Colleville,
huit bons kilomètres. Les deux frères prennent des raccourcis, coupent
à travers champs. Ce n'est pas le bon choix, une mitrailleuse Allemande
tire sur eux. Aplatis au sol, les garçons nouent un mouchoir blanc autour
d'une branche qu'ils agitent frénétiquement. La mitrailleuse tire
toujours. Ils battent en retraite,
reviennent sur leurs pas, s'arrêtent à la ferme de Louis Le Terrier
(l'Ormel) sur la route de Formigny. De temps à autre, ils
venaient y faire quelques corvées pour échapper au STO. Accueil
apitoyé « Mais ici aussi ça canarde de partout,
mes pauvres enfants! » Louis Le Terrier entraîne tout
le monde - la gouvernante, l'ouvrier agricole et les deux fils Piprel - dans l'écurie
dont les murs, affirme-t-il, sont plus épais. Ils s'enfouissent dans la
paille. "Il n'était
pas question de mettre le nez dehors."
Les premiers Américains débouchent moins d'une demi-heure plus tard.
Ils posent quelques questions, demandent leurs papiers d'identité
aux Français un peu estomaqués. L'un des hommes a bien tendu un
paquet de Lucky Strike à Pierre Piprel, mais à part ce geste amical,
ils paraissent terriblement sur leurs gardes. Le Terrier et sa troupe s'enferment
à nouveau dans l'écurie. Pour ne plus en sortir de l'après-midi.
Plus les heures passent, plus les cinq réfugiés s'inquiètent
: tout n'est donc pas encore joué?
"En fin de journée, un
obus est tombé tout près, tuant un mulet et criblant les
murs d'éclats."
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