(détails)le LCC 60 (Landing Craft Control) navire équipé de moyens de repérage, chargé de délimiter les secteurs de plage ![]()
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222 A cause du courant, les petites péniches d'assaut ont abordé très souvent à l'Est de leurs objectifs Les effets de la houle ont été
ressentis dès que les péniches ont fait route .
Les LCVP et LCA ont été
inondés aussitôt de paquets de mer et la plupart ont dû
utiliser les pompes. Dans beaucoup de péniches, les pompes
n'ont pas suffi et les hommes ont dû écoper avec leurs
casques. Les péniches ayant des ennuis de pompes ont dû
ralentir et toute tentative pour augmenter la vitesse et essayer
de rattraper le retard conduisait à embarquer encore plus d'eau. Dans la plupart des bateaux,
les soldats étaient trempés par les paquets d'eau froide
et une grande majorité a été victime du mal
de mer. Les équipes des bateaux d'une même formation,
transportant des hommes qui avaient eu le même petit déjeuner
et le même entraînement, ont été affectées
de façon très diverses, le pourcentage des «malades»
allant de 0 à 100 %. Des hommes qui avaient été
glacés par l'eau, engourdis par l'immobilité dans des
péniches petites et chargées à ras bords, affaiblis
par le mal de mer, étaient en mauvais état pour les opérations
épuisantes du débarquement. Le programme prévoyait le débarquement de chaque unité d'assaut dans une zone précise, où elle avait une mission définie à accomplir, telle que détruire des défenses ennemies ou ouvrir des passages parmi les obstacles de plage ou en arrière de la plage. Des navires de contrôle, les LCC, (le LCC30 pour les péniches du "Jefferson", et également le LCC50) étaient chargés de guider les péniches d'assaut vers la ligne de départ à 3500m de la côte, matérialisés par d'autres navires de contrôle à postes fixes, des chasseurs type PC ou SC. Sur Dog Red, il y avait le PC1225 comme "primary control vessel" et le SC1353 comme second "control vessel", mais ce dernier semble avoir été absent pour une cause inconnue. Sur Dog Green, les PC567 (à l'ouest), PC 568 (à l'est) et plus tard en relève, le SC1332, étaient les "control vessel". Il devaient être en place vers 5h15 à 4000 m de la côte, et ils avaient également des missions de bombardement sur les WN de Dog Green et Dog White. Malgré toutes les études
des courants sur cette partie de la côte, toutes les aides visuelles
pour découvrir des points de repère par photos panoramiques,
et toute l'expérience de difficultés similaires au cours
des exercices d'entraînement, beaucoup
des péniches de débarquement des premières vagues
sont arrivées bien
loin de leur but, déportées vers l'Est. Souvent
les grandes péniches, qui avaient des ressources de puissance
importantes ont moins dérivé avec le courant que les petits
LCM et les LCVP qui se sont laissés surprendre par la force du
courant, sans parler des petits camions amphibies DUKW. Les plages de Vierville étant
les plus à l'Ouest se sont donc retrouvées beaucoup moins
garnies de troupes d'assaut que les plages de St-Laurent, Le Ruquet
ou Colleville. Plus de la moitié des péniches de débarquement
prévues pour l'assaut sur Vierville n'y ont pas abordè. La fumée et la poussière le long de la plage, dues au bombardement, à des incendies de falaises et à un léger brouillard matinal, a rendu difficile la reconnaissance des points de repère en approchant du rivage. De plus un des bateaux de contrôle du secteur de Vierville (Dog) a dérivé loin de son point de mouillage, ce qui a pu expliquer beaucoup des difficultés dans l'approche de ce secteur. Les courants côtiers ont été le facteur principal des écarts constatés. On savait qu'à marée montante, un courant latéral portait vers l'Est, atteignant une vitesse maximum de près de 2,7 noeuds à 8 km du rivage, le vent d'Ouest augmentant cette vitesse. Le fait que le courant a été très fort le jour J est confirmé dans un rapport du destroyer "Satterlee", qui a été parfois obligé de corriger son cap de 20 à 30 degrés pour conserver sa route. Quelle qu'en soit la cause, une majorité des petites péniches ont abordé à l'Est du secteur de plage assigné, aussi bien pour le génie que pour l'infanterie. La marge d'erreur a été généralement de quelques centaines de mètres, quelque fois beaucoup plus, mais cela a été suffisant pour empêcherl'éxécution des missions précises prévues à l'avance. Cela a été aussi suffisant pour isoler des unités abordant sur une zone inconnue et par conséquent incapables d'estimer correctement les défenses ennemies auxquelles elles avaient affaire. Les difficultés ont été aggravées par la séparation des sections d'une même compagnie. Soit à cause du retard de l'un des bateaux, soit à cause du désaccord des pilotes cherchant les points de repère, plusieurs formations ont été rompues provoquant des débarquements très dispersés (par exemple les Cies B, D, F, G, H du 116ème Régiment). Dans les conditions existant sur la plage, la séparation des bateaux par deux cents mètres de plage a pu facilement conduire à l'isolement complet d'une section. |
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(témoignage
du sergent Slaughter qui faisait partie de la Cie D/116, embarquée
sur l'"Empire Javelin")
"Nous avons escaladé la lice des embarcations d'assaut. En ordre.
Chacun à la place attribuée au cours des longues séances
d'entraînement. Ceci fait, nous avons été treuillés
à la mer à l'aide des bossoirs du bord.
Rapidement, ma péniche a commencé à embarquer de l'eau. Des vagues de deux mètres nous frappaient, déferlant par la proue ou par tribord. Les pompes étaient insuffisantes pour évacuer cette masse d'eau et nous avons tous dû prêter main-forte en écopant à l'aide de nos casques. Le froid nous a envahis. Nous grelottions, transpercés jusqu'aux os par un vent glacé. Pour ma part, j'ai tenté de me garder à peu près sec en me glissant à l'intérieur de ma housse anti-gaz, une sorte de grand sac en plastique supposé nous épargner la peau en cas d'attaque par gaz moutarde. En fait, je me suis mis à étouffer et je n'ai gagné que le mal de mer... Les embarcations de notre vague d'assaut formaient un large cercle, se regroupant avant de mettre le cap sur la France. Le moins que l'on en puisse dire est que ces tours de manège ne nous ont apporté aucun réconfort. Et puis, la flottille a été rassemblée, nous nous sommes retrouvés tous alignés comme pour une parade, en formation serrée. Et l'ordre est tombé: en avant, marche ! Dès lors, notre vague d'assaut s'est ruée dans cette voie à sens unique qui est celle du destin. La galère de l'entraînement quotidien était bien terminée. Par contre, s'éloignaient aussi les foyers anglais qui nous avaient accueillis pendant vingt-deux longs mois, auprès desquels s'étaient nouées bien des amitiés ou des idylles... Le grondement de nos moteurs Diesel ne favorisait pas la conversation. D'ailleurs, nous n'avions plus rien à nous dire. J'étais vraiment malade, transi par ces jets d'eau glacée et souffrant d'un tel mal de mer que je ne souhaitais plus qu'une chose, me retrouver à terre. Autant que je me souvienne, personne à bord ne semblait songer à esquiver la mission qui nous avait été confiée. Notre route de retour vers les Etats-Unis passait bien par Berlin. Au lever du jour (vers 6h00), l'armada nous apparut. Les côtes françaises, ravagées par les flammes et couronnées de fumée, devenaient plus précises. A six heures, les pièces lourdes des navires alliés ouvrirent le feu. C'était là certainement le plus imposant barrage d'artillerie de toute l'histoire. Pourtant, le bruit de nos moteurs étouffait presque le fracas des canons et le long sifflement de leurs projectiles filant vers la terre. Rien ne pouvait laisser présager que sur cette côte allait débuter un holocauste. Il n'y avait, chez nous, aucun état d'âme à ce propos, je puis vous l'affirmer ! Tout ce qui nous entourait avait de quoi nous rassurer. Un peu trop d'ailleurs, au point de s'imaginer une arrivée à terre sans histoire, des objectifs atteints et un retour chez nous pour Noël. Ces tirs d'artillerie, propres à forger un moral d'acier, avaient au moins pour effet de nous faire oublier combien nous étions frigorifiés et malades. C'est sensiblement à mille mètres de la côte que nous avons pris à notre bord trois rescapés d'une péniche qui, manifestement, avait été entraînée par le fond par une lame un peu plus forte que les autres. Je ne sais plus à quelle unité ils appartenaient, pas plus que je ne me souviens combien de temps ils étaient restés à la mer. Ces veinards étaient heureux de s'être tirés de ce mauvais pétrin, allez savoir si ce n'était pas reculer pour mieux sauter! Nous avons laissé leurs compagnons d'infortune flotter au fil des vagues, ballottés dans leur gilet de sauvetage. Nous n'avions plus de place pour eux. Sur tribord, le cuirassé "Texas", un navire géant, s'est mis à faire feu de toutes ses volées de 356 arrosant la côte. Un fracas infernal! En quelques minutes, la houle, provoquée par le recul des pièces, nous est arrivée, tel un bélier, nous avons bien cru chavirer. On pouvait nettement voir l'impact des énormes obus, de près d'une tonne, ravager leurs objectifs (en fait les 356 du Texas tiraient sur la pointe du Hoc). Des chasseurs-bombardiers à double fuselage P-38 nous survolaient, protection rassurante contre toute attaque éventuelle de la Luftwaffe. Ils confirmaient cette fausse impression de sécurité qui nous portait à croire que, finalement, ce serait du gâteau! |