un des 3 immenses cratères, le personnage au fond du
trou donne une idée de sa dimension

une vue de l'église d'Asnières
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Remerciements
Le Maire, le Conseil Municipal et
les Habitants d'Asnières-en-Bessin expriment leur
gratitude émue pour les secours et les témoignages
de sympathie qu'ils ont reçus des autorités
françaises et alliées à l'occasion
du sinistre qui endeuille leur commune, ils remercient
également toutes les personnes des environs qui
les ont aidés en quelque manière que ce
soit. Ils adressent un merci particulier à l'Entr'Aide. |

Le château d'Asnières, dont le propriétaire
était Mr de Brunville, maire de la Commune
| Le Maire d'Asnières-en-Bessin
remercie au nom de tous les habitants de la commune, les
familles Burnel et Surbin qui ont en la généreuse
pensée d'offrir aux sinistrés le montant
de la quête faite au mariage du 25 octobre à
la mairie de Saint-Pierre-du-Mont. |
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(cf "La Renaissance du Bessin" du Samedi 27 Octobre 1945)
Le village d'ASNIERES
détruit par l'explosion d'un dépôt
d'explosifs
41 morts
4 civils, 7 américains et 30 allemands
Jeudi, vers 14h30, une violente explosion a été
ressentie dans toute la région. Un dépôt
d'explosifs en sautant venait de détruire le village
d'Asnières-en-Bessin tandis que les communes voisines
de Louvières et Vierville souffraient considérablement
du fait de la violence de l'explosion.
A environ 500m. du village, des prisonniers allemands chargeaient
six camions américains que conduisaient des noirs.
Pour
une cause indéterminée, le dépôt
a sauté, volatilisant les camions et les hommes et laissant
3 énormes cratères. Une femme du pays, Mme Le
Gara et ses deux nourrissons qui cueillaient de l'herbe pour
les lapins ont été tuées sur le coup par
la déflagration.
Un grand nombre
de blessés plus ou moins graves ont été
retirés des décombres des maisons endommagées
par l'explosion. Il faut compter 110 personnes sans abri. On
compte 20 blessés graves, 3 civils, 7 soldats américains
(les 6 chauffeurs etle chef de groupe) et 30 prisonniers allemands
tués.
Les blessés
ont été transportés à l'Hôpital
de Bayeux où ils ont reçu les soins nécessités
par leur état.
La petite Janine
Gouyer 8 ans est décédé jeudi soir à
l'Hôpital.
Dès
qu'ils ont eu connaissance de ce désastre, M. Triboulet,
sous- préfet, et le lieutenant de gendarmerie Lepère
se sont rendus sur les lieux.
Dés que nous avons eu connaissance du sinistre qui a
ravagé le bourg d'Asnières nous nous sommes rendus
sur les lieux où nous avons été reçus
par M. de Brunville, maire.
"Asnières en Bessin était
ravagé comme par un bombardement: toits soufflés,
murs écroulés, portes et fenêtres arrachées.
L'église du 12ème siècle avait perdu son
toit et son clocher penchait dangereusement. La mairie et l'école
(vide, car on était jeudi) se sont effondrées.
Dans le château où il demeure nous
avons déjà pu remarquer les effets terribles de
l'explosion: portes et fenêtres étaient arrachées;
les meubles se trouvaient déplacés; un désordre
indescriptible régnait dans toutes les pièces.
La nuit était venue et le pays se trouvait plongé
dans l'obscurité totale. M. de Brunville, s'entretenait
avec Monsieur Triboulet, sous-préfet, en présence
des délégués de l'Entr'Aide Française
de Bayeux, de Mlle de Bernard, assistante sociale et de plusieurs
de ses administrés plus ou moins contusionnés.
Nous avons remarqué avec quelle intelligence M. le Maire
avait organisé les premiers secours, le transport des
blessés, évacuation des vieillards et enfants
et maintenant il s'entretenait du logement des sinistrés
avec notre très actif sous-préfet avant d'entreprendre
avec l'Entr'Aide Française, une distribution de secours
d'urgence : couvertures, vivres et ustensiles de première
nécessité.
Dans le village nous avons pu nous entretenir avec quelques
habitants encore sous le coup de l'explosion. Tous étaient
sinistrés mais n'osaient pas quitter leur logement ayant
peur du pillage et tous ils sont demeurés cette longue
nuit, dans le noir, tandis que la bourrasque d'automne s'engouffrait
en rafale faisant voler encore les ardoises et gémir
les charpentes brisées, nuit lugubre sur laquelle planait
la mort.
C'est vendredi matin
que nous avons pu nous rendre compte de l'étendue véritable
du désastre qui avait la veille, ruiné ce bourg
paisible: toutes les toitures se sont écrasées
sur les maisons qui ont plus ou moins résisté;
toutes sont inhabitables, en grande partie elles se sont effondrées
et devront être reconstruites; l'église n'a pas
échappé an sort commun: le clocher est profondément
lézardé, la toiture pantelante. Près du
confessionnal, sous un drap, repose le corps affreusement mutilé
d'un soldat noir: le seul dont on ait retrouvé quelque
chose.
Ici
la demeure de madame Le Gara qui trouva la mort avec ses deux
nourrissons dans le champ voisin; en face, l'habitation des
frères Thomas dont l'un est à l'Hôpital,
blessé gravement; celui à qui nous parlons a été
légèrement blessé; il est accablé
devant sa maison en ruines, ses meubles broyés. Il fut
prisonnier pendant 5 ans!…
Voici, là-bas,
au bout d'un petit chemin la maisonnette de la famille Gouhier
dont l'enfant, la petite Jeanine, est décédée
à l'Hôpital de Bayeux; sa maman y est encore en
traitement...
Plus on s'approche du lieu
de l'explosion plus les dégâts sont impressionnants.
Nous y voilà, c'est à environ 200m du bourg.
Un spectacle de champ de
bataille s'offre à nos regards: monticules de terres,
arbres déchiquetés, transportés, terrains
labourés, parsemés de débris de moteurs,
de lambeaux de pneus ou de ferraille informe, de pylônes
électriques écrasés au sol.
Trois cratères énormes
marquent le lieu de l'explosion. Le plus profond mesure 10 mètres
de profondeur sur trente de diamètre. Dans les champs
avoisinants des soldats recherchent les restes des victimes.
A quelque cent mètres de là un champ de betteraves
est complément effeuillé. Sur le chemin du retour
nous croisons M. le sous-préfet, accompagné du
chef de gendarmerie de Trévières et des délégués
de l'Entr'Aide de Caen. Nous voyons encore le Colonel américain
Khurie et plusieurs officiers; la MP noire monte la garde et
assure le service d'ordre dans le village que les habitants
évacuent maintenant à pleines charrettes.
Le Général
Laffitte, commandant le groupe de subdivision à Caen,
représentant le Général commandant la 3ème
Région, s'est rendu sur les lieux où il a salué
le corps d'une victime à l'église d'Asnières
et présenté ses condoléances aux autorités
américaines. A Bayeux, il a rendu visite aux blessés
à l'hôpital.
Qui nous
dira jamais les motifs de ce sinistre? Les raisons les plus
diverses sont admises; comme nous l'avons dit il s'agissait
d'explosifs: dynamite et cheddite et non de munitions. On peut
supposer la malveillance comme la maladresse d'un prisonnier
allemand ou tout autre chose; toutes les suppositions sont permises,
mais il est certain que la lumière ne sera jamais faite
sur ce drame.
Puisse un redoublement
de surveillance et de sérieuses précautions éviter
la répétition de catastrophes semblables.
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