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Le
débarquement et les combats aux Moulins,
devant les WN66 et 68, secteurs Dog Red et Easy Green
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Les bombardements préliminaires
Les bombardements aériens ont été
un échec complet. Des quadrimoteurs Liberators
avaient été prévus, mais ces avions
volaient à haute altitude et ils étaient
au dessus des nuages. Comme la précision était
déja médiocre par temps clair, les états
majors Alliés ont dû se résoudre à
prescrire une marge de sécurité supplémentaire
pour la visée, ce qui a conduit le centre de gravité
des impacts à plusieurs centaines de mètres
et parfois plusieurs km au sud de l'objectif. On était
alors sûr que les bombes ne pourraient atteindre
les flotilles de landing craft qui s'approchaient du rivages
à pleine vitesse au même moment.
Les bombes se sont donc dispersées dans la campagne,
sans aucun effet sur les défenses allemandes.
Les bombardements navals ont pu être plus efficaces,
surtout ceux des navires de guerre classiques, cuirassés,
croiseurs et destroyers. Par contre les témoignages
indiquent que les fusées lancées par les
LCT(R) sont souvent tombées dans la mer. Il était
en effet impossible de viser et d'ajuster le tir de ce
genre d'engins. La durée du bombardement par les
autres navires était trop faible pour qu'un bouleversement
des défenses allemandes en résulte.
Au total ces bombardements ont eu une efficacité
tout à fait limitée.
Les chars
Il n'y avait pas de chars amphibies prévus
sur ces secteurs, uniquement des chars standard et des
tankdozers sur LCT(A).
Sur les 4 LCT(A) transportant 8 chars standard du
743/Tk Bn et 4 tankdozers, 2 LCT(A)
(les LCT 2075 et 2307) seulement sont arrivés
sur Dog Red, et le LCT 2050 est arrivé
sur Dog White. Ces arrivées ont en général
été tardives. Le LCT 2275 a coulé
avec son chargement
Il y avait donc environ 4 chars standard + 2 tankdozers
sur Dog Red et probablement aucun chars sur Easy Green.
L'infanterie d'assaut,
1ère vague
Les 12 péniches LCVP
des 2 compagnies de l'infanterie d'assaut ont été
largement dispersées par la mauvaise visibilité
(incendies sur les pentes herbues) et le courant portant
à l'est.
La cie F/116, destinée à Dog Red,
a débarqué avec 4 péniches sur l'est
de Dog White et seulement 2 péniches sur Dog Red.
La cie E/116, destinée à Easy Green,
s'est retrouvée avec 2 LCVP sur Easy Red et 4 sur
Fox Green, donc largement dispersée vers l'est,
vers Colleville, dans les secteurs du 16ème régiment.
Par contre sont arrivés sur Dog Red, 5 des 6 LCVP
de la Cie G/116, destinée en principe à
Dog White.
Il n'y avait donc que très peu d'infanterie
en 1ère vague sur Easy Green et en tout environ
6 ou 7 LCVP des Cies F et G/116 sur Dog Red. Arrivant
directement sous les WN 66 et 68 des Moulins, ces troupes
ont subi de lourdes pertes en traversant la plage à
cause des tirs de mitrailleuses et de mortiers. La fumée
des incendies ne les avait que peu protégées.
Les survivants, dispersés sur 1 km, se sont aplatis
sur le banc de galets qui offrait une protection contre
les balles, mais tout mouvement était impossible.
Quelques chars pouvaient leur fournir un appui de feu,
mais peu efficace contres des abris allemands bien camouflés.
Les GIs se trouvaient devant des barbelés les séparant
d'une petite route de terre, derrière laquelle
se trouvait la la villa Les Sables d'Or, au milieu d'un
secteur fortifié allemand, cible des chars.
A la compagnie F/116, le capitaine Callahan,
sans radio, a été gravement blessé
en tentant d'aller désigner des objectifs à
un char. Toute tentative pour franchir les barbelés
se serait terminée par un anéantissement.
Les survivants de la compagnie était donc immobilisés
sur le talus de galets.
Quand les survivants de la G/116, se sont rendus
compte qu'ils étaient loin à l'est de
leur secteur attribué, ils ont essayé un
déplacement latéral difficile et dangereux
le long du banc de galets. Ils ont rapidement perdu toute
cohésion et ont dû se résoudre à
s'abriter derrière les nombreux épis
transversaux qu'ils ont trouvé sur leur chemin.
Les "Gapteams" de la SETF
Il était prévu 2 gapteams par secteur,
les Gapteams 5 et 6 sur Dog Red, et 7 et 8 sur Easy
Green, arrivant en principe à 6h33.
Il semble qu'ils soient arrivés à peu près
tous devant Dog Red, et en retard d'un 1/4 d'heure en
moyenne, soit vers 6h45. Comme ils devaient travailler
avant la remontée de la mer, donc avant 7h00, et
comme ils se trouvaient devant Les Moulins, exposés
au feu des WN 66 et 68, ils n'ont pu achever leur travail,
tout en perdant une grosse partie de leurs effectifs et
de leurs matériels.
Les 2 gapteams de soutien, (les Gapteam C et D),
qui devaient les appuyer à 6h41, sont arrivés
trop tard, et le Gapteam C a même débarqué
sur Fox Green, à Colleville.
Aucune de ces équipes n'a pu être appuyée
comme prévu par un tankdozer, tous arrivés
trop tard.
.L'infanterie d'assaut,
2ème vague
Cette 2ème vague de LCVP a subi comme la précédente
l'effet du courant et de la mauvaise visibilité.
La compagnie I/116 devait aborder Dog Red, ses 6 LCVP
sont arrivés sur l'est de Esay Green.
La compagnie L/116 devait aborder Easy Green, elle
s'est dispersée à cheval sur la limite des
secteurs Easy Green et Easy Red.
La M/116 (les mortiers de 81mm et les mitrailleuses
lourdes, prévue sur Dog Red est arrivée
sur l'ouest de Easy Red.
Par contre la Cie K/116, prévue sur Dog White,
a débarqué sur l'est de Easy Green, mélée
à la I/116.
Le gros du 3ème Bataillon du 116ème s'est
ainsi retrouvé, vers 7h30, entre Le Ruquet et Les
Moulins, mais souvent éloigné des WN 65
et 66 qui gardaient ces sorties. Loin de ces WN, les
unités ont subi relativement peu de pertes, qui
ne les ont t pas empêché d'avancer vers la
colline mal défendue au dessus.
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(détails)
le diagramme des débarquements prévus
devant Saint-Laurent

(détails)
les mouvements du matin dans le secteur des Moulins
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L'arrivée des Combat
Engineers, du Génie de Plage et des premiers éléments
médicaux, à bord de LCI et de LCT
Avec de nombreux LCT, sont arrivés sur
Dog Red, le LCI 94 (avec des éléments des
112 Engr Bn et 104 Med Bn, et le LCI 84 -prévu sur
Dog White mais détourné - avec des
éléments des 149 Engr Bn, 7 Beach Bn, 104 Med
Bn, HQ 116 (le Communication Group du PC avancé).
Est aussi arrivé sur Easy Green, le LCT 90 avec
des éléments des 149 Eng Bn et 7 Beach Bn.
Ces 3 LCI ont pu repartir bien qu'ayant été touchés
par les tirs allemands. Ils ont pu franchir la ligne des obstacles
minés, probablement parce que ces mines - des tellerminen
antichars - n'avaient pas résisté à la
submersion de la marée 2 fois par jours.
Devant le WN 66, le Major
Bingham, cdt le II/116, s'est retrouvé avec des
troupes décimées par les tirs allemands, venant
notamment de la villa Les Sables d'Or, à 3 étages,
bien endommagée par les bombardements navals, mais abritant
toujours près du rez de chaussée, un poste Allemand.
Avec l'aide des autres officiers de son PC et de quelques soldats
de la Cie F/116, il a tenté à plusieurs reprises,
mais sans succès d'avancer vers la sortie D3, trop souvent
les armes des soldats ne fonctionnaient pas, pleines de sable
qu'il fallait soigneusement nettoyer. Il a assisté le
Colonel Thompson (cdt la 6ème Brigade spéciale
du Génie) lorsqu'il a été gravement blessé
à la gorge. D'après certaines indications , Bingham
serait monté au dernier étage de la villa, serait
ressorti après avoir constaté que ses hommes n'avaient
pas d'armes en état de fonctionner, et se serait ensuite
infiltré par l'est de la maison jusque dans la falaise
et serait redescendu, sans pouvoir se maintenir. Le Major Bingham
a alors entrainé son petit groupe vers l'est où
il s'est joint au 3ème bataillon (III/116) qui grimpait
la falaise vers Saint-Laurent.
Plus à l'est, sur
Easy Green, le bataillon III/116 avait débarqué
sans trop de pertes entre les WN 66 et 65. Le bataillon était
désorienté car ce n'était pas son secteur
(il aurait dû être sur Dog Red) et il aurait dû
passer derrière le 2ème bataillon, or il n'y avait
que peu d'infanterie sur ce secteur Easy Green sauf une partie
de la G/116.
Ils ont pu traverser le cordon de barbelés et l'espace
dégagé et plat, avant de grimper sur la falaise,
en file indienne en évitant les mines, traversant
le WN 67 très peu défendu, il semble que ce n'était
qu'un leurre avec beaucoup de terrassement, de tranchées
et de trous, mais presque sans combattants pour le garnir. Seul
un bunker a dû être neutralisé par la cie
L/116, avec des charges explosives .
Vers 8h30, le bataillon était sur le plateau, mais le
PC est resté au pied de la falaise jusque dans l'après
midi. Les ordres ne prévoyaient pas d'entrer dans St-Laurent
mais de se regrouper au sud ouest du village. Le bataillon,
toujours séparé en sections de bateaux, se dirigea
donc directement vers sa droite, pour franchir la vallée
des Moulins qui était sur sa route. Cela le faisait passer
sous le WN69, bien défendu par une compagnie Allemande
et qui abritait aussi une batteriede 40 lance-fusées
Nebelwerfer.
Les 3 compagnies I, K, L se trouvèrent prises sous le
feu des mitrailleuses et des snipers du WN69, et ils ne purent
avancer vers l'est du vallon qui les séparaient du WN
69. Qiuelquessections réussirent quand même à
franchir le vallon au nord du WN 69 et prirent contact avec
des Rangers qui avançaient vers Vierville, mais le gros
du bataillon III/116 est resté jusqu'au soir au nord
de St-Laurent.
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C'est le 115ème régiment qui est alors
intervenu.
Dans les plans initiaux le 115ème RCT faisait partie
de la Force B, force de soutien, devant arriver dans l'après
midi du 6 juin devant Omaha Beach, pour être débarquée
à la demande le soir ou le lendemain. Il devait
débarquer aux Moulins en principe sans opposition
puisque la sortie D3 aurait dû être ouverte
par le 116ème Régiment, puis de traverser
la campagne vers le sud jusqu'à la RN13.
En fait, à la demande du Général
Gerhardt, cdt de la 29ème division, les 12 LCI
des 3 bataillons (2500 hommes) ont été amalgamés
avec les convois de la Force O, pour pouvoir être
débarqués plus tôt si nécessaire
(les 700 hommes accompagnants les véhicules et
les canons affectés au 115RCT, étaient restés
avec les convois de la force B, mais ce n'est pas eux
dont on aurait un besoin urgent à terre). Le
débarquement des 12 LCI du 115 RCT a été
décidé peu après l'heure H devant
les preuves de la résistance inattendu des Allemands.
Le régiment devait débarquer devant Les
Moulins, sur Dog Red, à partir de H+4, 10h30.
Lorsque les LCI se sont présentés devant
Les Moulins, il est apparu que les obstacles n'étaient
pas enlevés sur la plage et que la sortie D3 était
entièrement contrôlée par les Allemands.
Les LCI ont alors recherché un emplacement plus
favorable qu'ils ont trouvé à l'est du Ruquet.
L'heure était passée, et les LCI ont débarqué
avant 11h00 pour les bataillons I/115 et II/115, et à
12h00 pour le III/115. Mais cela a contrarié l'arrivée
des derniers bataillons du 18ème Régt. (voir
les combats au Ruquet)
Le 115ème a franchi dans l'après midi
le vallon du Ruquet vers l'ouest. Il s'est dirigé
ensuite vers le bourg de St-Laurent bien défendu
par des Allemands qui leur ont barré la route.
L'attaque de St-Laurent a été menée
dans l'après midi par le bataillon II/115,
vers l'église et la ferme du Prieuré. Au
bout d'un certain temps le clocher a pu être détruit
par le USS Thompson, et un char du 741st TkBn
s'est engagé dans les rues étroites de St-Laurent,
neutralisant plusieurs postes allemands. En approchant
du carrefour principal, il a été la cible
d'un canon antichar ou plus probablement d'un bazooka
allemand qui l'a manqué. Le char s'est alors replié
en dehors du village.
Quant à la batterie de Nebelwerfer, elle a fini
par être repérée par la Marine (destroyer
USS Thompson) qui a pu la neutraliser vers midi, mais
elle avait craché vers la plage des Moulins la
plupart de ses munitions dans la matinée, probablement
dirigée par un poste d'observation au WN68.
Des tirs d'artillerie ont pu être assuré
par le 58ème FAA Bn (bataillon blindé d'arillerie
de campagne), qui avait débarqué au
Ruquet dans l'après midi 11 obusiers blindés
survivants d'une tentative infructueuse de débarquement
le matin sur Dog Red. Il s'était mis en batterie
à la tête du vallon du Ruquet à partir
de 16h00.
Finalement, vers 20h15, le bataillon II/115 a dû
être retiré de St-Laurent, après
avoir perdu, hors de combat, une centaine d'hommes
et 6 officiers sur 11 des Compagnies E/115 et F/115.
Le combat avait été sauvage, les Allemands
n'hésitant pas à tirer sur les infirmiers
américains portant leurs brassards et les prisonniers
Allemands arrivant rarement vivants jusqu'aux camps préparés
pour eux au Ruquet.
Le bataillon III/115 qui était en réserve
à l'est de St-Laurent, a pris sa place devant St-Laurent
vers 20H00.
De son côté, le bataillon I/115 a contourné
le village au plus près par le sud.
La Cie A/115 a mis en place un bouchon sur la route
de Formigny.
Le Colonel Blatt, cdt le I/115, a été grièvement
blessé par un tir de mortiers alors qu'il installait
la Cie de mortiers D/115 et sa cie de commandement dans
des herbages à 500m au sud de St-Laurent. Blatt,
atteint par un éclat à la tête, a
été brancardé jusqu'au rivage puis
évacué sur un navire. Il est mort avant
d'arriver en Angleterre.
Pendant ce temps, le bataillon II/115 faisait mouvement
dans la soirée encore plus vers le sud puis vers
l'ouest, à travers champs, débordant largement
St-Laurent, se dirigeant vers la route menant de Vierville
à Formigny.
Toutes ces unités
se sont enterrées pour la nuit en attendant de
reprendre le combat le 7 juin.
Pendant ce temps, le major Bingham, avec les restes
de son bataillon II/116 très affaibli, n'avait
pu ouvrir sa route à travers le hameau des Moulins.
Il s'est donc déplacé sur sa gauche vers
le Ruquet , et il est remonté lui aussi vers St-Laurent,
sans pouvoir avancer dans le village.
Les unités du 116ème RCT à St-Laurent
étaient isolées et sans communications avec
le PC avancé du Colonel Canham, installé
en position défensive à Vierville. Ces unités
comprenaient les restes du II/116 (Major Bingham),
le III/116 (Lt-Colonel Meeks) et le Groupe
Communication du quartier Général
du 116ème (Capitaine Sink), isolé de
son chef le Colonel Canham. Celui-ci n'a pu avoir une
liaison radio que seulement le soir vers 22h00, et Canham
a décidé de regrouper à St-Laurent
l'ensemble de son PC avancé, ce qui a été
fait le 7 juin vers 6h00. Le 116ème RCT a alors
été de nouveau contrôlé en
quasi totalité par son chef, après la dispersion
due aux combats du 6 juin.
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(détails)
Mouvements de l'après midi, secteur Saint-Laurent

(détails)
Positions du soir, secteur Saint-Laurent
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(détails)
La pénétration du 3ème bataillon
du 116ème régiment, accompagné
de quelques éléments du 2ème Bataillon,
le matin du 6 juin, en direction du vieux Saint-Laurent

(détails)
Entre Les Moulins et Le Ruquet, le 6 juin vers 12h30

Dog Red, le 7 juin vers 14h, à mer descendante,
un char Sherman standard détruit avec d'autres
véhicules (un GMC US avec logement spécial
pour équipements de transmissions?, 2 tracteurs
Thornycroft de la RAF brûlés, et 1 Austin
de la RAF avec générateur (équipements
pour des radars spéciaux GCI destinés
à guider les chasseurs de nuit Mosquitos).
Au fond un LST sur la plage, devant un corps de GI mort
sur la plage

Témoignage d'un habitant de St-Laurent (à
la ferme du Prieuré)
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Les Moulins le 6 juin vers 12h30(détails)
Le LCI 92 est sur les galets à gauche, peu visible.

(détails)

détails
(détails)
Le 7 juin, après la bataille, un GI mort sur
les galets devant la maison "Les Sables d'Or"
où le Colonel Bingham s'est abrité la
veille
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(détails)
A 14h00 le 6 juin, premières pénétrations
dans les dunes et franchissement du fossé au
Ruquet
Des marins du 6ème Bataillon Naval de Plage,
devant St-Laurent le 6 juin
(détails)
Un Sherman standard (le Ceaseless, du 743ème
Tk Bn) détruit devant Dog Red, le 7 juin

Le LCT 207 aborde sur la limite Dog Red Easy Green pour
débarquer ses 4 canons surchenille blindée
du 58ème FAA Bon. Au delà, on aperçoit
le LCI92 échoué sur les galets de DogWhite
et des chars DD du 743ème Tk Bon
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