Le
soldat de 1ère classe Robert L. Sales,
qui porte la radio SCR300 de Zappacosta, est le 4ème
à quitter le LCA, ayant attendu assez de temps pour voir
les autres mourir. Son talon s'accroche au bord de la rampe et
il s'étale dans l'eau, perdant sa radio, mais sauvant sa
vie. Tous ceux qui essayent de le suivre sont soient tués
soit blessés avant d'atteindre le sable. Sales est le seul
à atteindre la plage indemne. Parcourir les quelques 200
mètres sur cette plage lui prendra 2 heures. D'abord il
s'accroupit dans l'eau, et avance à plat ventre quelques
pas, se cogne contre un gros rondin flottant et dérivant.
A ce moment, un obus de mortier explose au dessus de sa tête,
le laissant groggy. Il s'accroche à ce bois flottant pour
ne pas s'évanouir et cet effort semble lui éclaircir
un peu les idées. Ensuite il se rend compte qu'un isolés
de la Cie A le hisse sur le rondin et utilisant son couteau, le
débarrasse de son paquetage, de ses bottes et de son gilet
d'assault.
Se sentant plus fort, Sales
se remet à l'eau et, de derrière le rondin, l'utilisant
comme abri, pousse vers le sable. Le soldat Mack L. Smith,
de la Cie B, touché 3 fois dans la figure, le rejoint là.
Un fusilier de la Cie A, touché 3 fois à la jambe
droite, vient à côté de lui. Ensemble ils
suivent le rondin qui arrive enfin à la laisse de marée
haute (vers 10h00). Puis ils s'aplatissent derrière,
restant là des heures après que le flot se soit
retiré. Les morts des 2 compagnies s'échouent là,
puis repartent avec le jusant. Quand un corps dérive près
d'eux, Sales et ses compagnons, sans faire attention aux tirs,
rampent depuis l'abri du rondin pour jeter un coup d'oeil. Si
l'un d'entre eux reconnaît un camarade, ils s'aident pour
le tirer sur le sable, hors d'atteinte de l'eau. Les morts inconnus
sont laissés dans la mer. Tant que la mer est haute, ils
s'attachent à ce travail. Plus tard un infirmier non identifié
qui arrive marchant le long de la plage panse les blessures de
Smith. Sales qui reprend des forces panse Kemper. Tous trois restent
derrière le rondin jusqu'à la tombée de la
nuit. Il n'y a rien d'autre à rapporter des membres de
la section du bateau de Zappacosta.
Un seul des autres
bateaux de la Cie B essaye aussi d'aller droit
sur l'objectif. Bientôt le bateau talonne. Bientôt
tous sont tués. Un pilote britannique et 30 fantassins
américains. Là où ils tombent, il n'y a
personne pour raconter ce qui s'est passé.
Effrayés, les
pilotes des 4 autres bateaux jettent un regard rapide, reculent
instinctivement, puis virent à droite ou à gauche,
loin des débris de la Cie A. Ce faisant, ils abandonnent
leur mission, tout en fournissant un répit à leurs
passagers. Le choc est tel sur les chefs de section de bateau,
et tel est leur soulagement devant ce mouvement de recul, que
aucun ne proteste.
Le 3ème bateau, celui du lieutenant Leo A. Pingenot
se dirige vers la Percée,
là, apercevant un petit surplomb tranquille sous la falaise,
le pilote s'y rend tout droit. A 50m du rivage, Pingenot crie
"Baissez la rampe!" Le pilote se cramponne au
câble, refusant de le lâcher. Le sergent-chef
Odell L. Pagett lui saute dessus, l'étrangle, le
jette au plancher. Les hommes de Pagett baissent la rampe et
sautent dans l'eau. En 2 minutes ils en ont tous jusqu'au cou
et luttent pour ne pas se noyer. Vite Pingenot est loin devant.
Pagett finit par le rejoindre et ensemble ils vont jusqu'au
sec. L'espace devant le surplomb est parsemé d'énormes
blocs de pierre. Les balles semblent les écorner tous.
Pingenot et Padgett plongent
derrière le même rocher. Puis ils regardent en
arrière, mais, horrifiés, ils ne voient plus personne.
Subitement de la fumée a caché à demi le
paysage au-delà du bord de l'eau. Pingenot gémit:
"Mon Dieu, toute la section est morte". Padgett
crie: "Hé, vous êtes touchés?".
De nombreuses voix montent de derrière la fumée:
"Où va-t-on?" "Doucement!" "On va
y arriver" "D'où vient le feu?" "Qui sait?".
Les hommes continuent à se déplacer, utilisant
l'eau comme abri. Les appels de Padgett sont leur première
indication que quelqu'un est devant. Tous vont vers le rivage,
ils sont 28 au début. Pingenot et Padgett restent devant
eux, les encourageant. Padgett continue de crier: "Venez,
Bon Dieu, ça va mieux par ici". Mais ils perdent
2 tués et 3 blessés en traversant la plage.
Sous le surplomb, la
section prend contact avec un groupe de Rangers (la Cie C/2Rgr)
et les rejoint ensuite en haut de la falaise, à l'ouest
de la maison Gambier. Ils continuent le combat avec eux.
Un 4ème
bateau de la CieB qui vire vers la droite a beaucoup moins de
chance, car il va moins loin.
Le sergent Robert M. Campbell, qui mène
la section est le premier à sauter dehors quand la rampe
s'abaisse.
Il tombe dans l'eau profonde et
sa charge de 2 perches explosives "Bangalore" l'entraîne
au fond. Alors il jette ses perches et à la surface abandonne
tout son équipement pour plus de sûreté.
Le tir des mitrailleuses l'encadre, et il coule à nouveau
brièvement. Assez bon nageur, il retourne vers le large
et pendant 2 heures, il va nager à environ 200m du rivage.
Bien qu'il n'entende et ne voit rien de la bataille, il a pourtant
l'impression que le débarquement a échoué
et que tous les autres Américains sont morts, blessés
ou prisonniers. Ses forces l'abandonnant, de désespoir,
il préfère aller au rivage plutôt que se
noyer. Au delà de la fumée il retrouve rapidement
les tirs. Alors il attrape un casque sur un mort, rampe sur
les mains et les genoux jusqu'au front de mer, et là
retrouve 5 de ses hommes, deux d'entre eux non blessés.
Comme Campbell, le
1ère classe Jan J. Budziszewski est entraîné
au fond par sa charge de 2 perches "bangalore". Il s'y accroche
pendant 1/2 minute avant de réaliser qu'il devait la
lâcher ou se noyer. Ensuite il largue son casque, son
paquetage et son fusil. Puis il fait surface. Après avoir
nagé 200m, il voit qu'il est exactement dans la mauvaise
direction. Alors il se retourne et va vers la plage, ou il rampe
vers le rivage "sous une pluie de balles". Sur
son chemin un Ranger mort. Budziszewski lui prend son casque,
son fusil et sa gourde et rampe vers le rivage. Unique survivant
du bateau de Campbell à quitter la plage, il passe la
journée à marcher de long en large au pied de
la falaise, cherchant un visage connu. Mais il ne rencontre
que des étrangers et aucun ne s'intéresse à
lui.
Dans le 5ème
bateau (lieutenant William B. Williams) le pilote vire franchement
à gauche et s'écarte très loin
du secteur de son chef Zappacosta.
N'ayant pas vu le capitaine mourir,
Williams ne sait pas que le commandement lui revient. Guidé
par son instinct, le pilote longe la côte longtemps, puis
mène son bateau sur la plage. C'est bien vu; il a trouvé
un petit trou dans la bataille. La rampe s'abaisse même
sur du sable sec et la section de bateau saute à terre.
(ils sont à la limite Dog White - Dog Red)
Pourtant c'était tout juste.
Des tirs de mortiers l'avait accompagné; et alors que
le dernier fusilier dégage de la rampe, un obus tombe
en plein milieu du bateau, le casse en 2 et tue le pilote. Pour
le moment la plage n'est pas sous le feu, mais les hommes de
la section ne peuvent la traverser d'un seul coup. Affaiblis
par le mal de mer et la peur, ils rampent, traînant derrière
eux leur équipement. Au bout de 20 minutes, Williams
et 10 hommes reposent au pied du talus de galets, sur le sable.
5 autres sont touchés par le tir des mitrailleuses qui
balaient la plage; de 6 autres, vu pour la dernière fois
s'abritant dans une mare, on n'a plus jamais entendu parler.
Le Sergent Bill Presley était peut-être dans ce
LCA. Voici son récit.
Quand les bateaux
d'assaut de la Cie B se sont dispersé juste devant Vierville,
le pilote du 6ème bateau (celui du Lieutenant Taylor)
a tourné sur sa gauche, se dirigeant sur un point à
mi-chemin entre Zappacosta et Williams.
Jusqu'à quelques instants
après l'ouverture de la rampe, ce bout de plage à
droite du Hamel au Prêtre, n'est pas touché par
le feu. Pas d'obus de mortiers pour couronner le départ.
Taylor conduit rapidement sa section à travers la plage
et sous le talus de galets, perdant 4 hommes tués et
2 blessés (tirs de mitrailleuses).
Quelques mètres sur sa droite,
Taylor a vu les lieutenants Harold Donaldson et Emil Winkler
tués. Mais il n'y a pas d'arrêt-réflexion;
Taylor conduit sa section en file tout droit en haut de la falaise.
(il sera le premier à entrer dans Vierville peu après)
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