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Témoignages
divers Compagnie A/116 (livre S.Ambrose)
Autres
récits concernant la Compagnie A :
(extraits
livre S. Ambrose "D-Day") L'enseigne
de vaisseau Joe Smith était un "Navy Beachmaster" (maître
de plage de la Marine). Il devait placer des pavillons pour guider les LCA de
la cie A du 116°Rég. Son LCA devait toucher la plage en premier.
"Les Allemands nous ont laissé tranquille en arrivant. Nous ne savions
pas pourquoi, nous pouvions voir les Allemands nous regarder d'en haut, c'était
une curieuse sensation. Nous étions juste devant la casemate du 88 devant
Vierville, mais heureusement pour nous, il était installé pour tirer
latéralement sur la plage et non de face, et ils ne nous voyaient pas."
Le beachmaster Smith raconte ce qu'il a vu: "Ils ont baissé
la rampe, et une ou deux mitrailleuses Allemandes ouvrirent le feu, et on voyait
le sable gicler devant le bateau. Personne ne bougea. Le pilote se leva et cria,
pour un raison ou une autre le calme se fit un instant et on l'entendit aussi
clairement qu'une cloche: "Bon Dieu, sortez! J'en
ai d'autres à aller chercher!" Un LCA transportant
une section de la Cie A arriva derrière Smith. Les hommes croyaient que,
comme on le leur avait dit, les bombardements aériens et navals avaient
détruit toute opposition. Les rampes furent abaissées. Le
maître électricien Alfred Sears était
dans le dernier LCA de la première vague. L'enseigne de vaisseau lui avait
dit "tous les points forts Allemands seront détruits quand nous aborderons".
Sears continue: "Nous en étions tellement sûrs que mes
hommes et moi étions sur le pont au dessus de la chambre des moteurs pendant
la traversée, profitant du spectacle, fascinés par le tir de barrage
des LCT lance-roquettes. Environ un milliers de fusées parsemèrent
la plage juste à l'endroit où nous allions. C'était rassurant."
Et Sears se souvient: "Nous avons touché un banc de sable, abaissé
la rampe, et alors l'enfer s'est déversé sur nous. Les soldats reçurent
une grêle de balles de mitrailleuses dans le bateau. Le lieutenant de l'armée
a été tué de suite, d'une balle dans la tête."
Le sergent Thomas Valance a survécu.
"En descendant la rampe, nous étions dans l'eau aux genoux et avons commencé
à faire comme à l'entraînement, avancer, se coucher, tirer.
Le problème c'est qu'on ne savait pas sur quoi tirer. Je voyais des traceuses
venant d'un emplacement bétonné qui me semblait colossal. Je ne
m'attendais pas à en voir un si gros. Je tirais dessus mais ça ne
servait à rien de s'attaquer à une casemate bétonnée
avec un fusil calibre 7mm,5." La
marée montait, et les hommes autour de Valance se faisait toucher. Il trouvait
dur de se lever, comme les autres, il était terriblement surchargé,
mouillé complètement, épuisé, essayant de se traîner
dans le sable et l'eau et d'éviter les obstacles minés. "Je
dus abandonner mon équipement qui me maintenait au fond." "Il
devint vite évident que nous ne ferions pas grand chose. Je me souviens
flottant dans l'eau, une main en l'air pour garder un équilibre, quand
je fus atteint à la paume puis à travers le poignet."
"Le soldat Henry Witt se retourna vers moi. Je me
rappelle ses paroles: "Sergent, il vont nous faire mourir ici comme des rats.
Exactement comme des rats." Valance fut à
nouveau touché, à la hanche gauche, l'os brisé. Il ramassa
2 autres blessures légères. Son sac fut touché 2 fois, et
la jugulaire de son casque déchirée par une balle. Il rampa sur
la plage "et je m'adossais au mur de la digue, perdis à peu près
connaissance et, en fait, j'ai passé le reste de la journée dans
cette position. Ma participation au débarquement s'était terminée
comme pour le reste de la compagnie, balayée par le feu Allemand. Les cadavres
de mes copains s'échouaient à côté, et j'étais
le seul vivant parmi tant d'amis tous morts, souvent déchiquetés."
Le soldat George Roach était
assistant du lance-flammes. Il pesait 60 kg, et portais 45kg de matériel,
comprenant son fusil M1, les munitions, les grenades à main, un bidon de
20 litres d'essence pour le lance-flammes, un jeu de clés de démontage,
et une bouteille d'azote. "Nous
sommes descendu par la rampe, il y avait beaucoup de pertes. Nous ne savions pas
d'où venaient les tirs, du haut de la falaise ou des maisons de vacances
sur le bord. Je me laissais tomber sur le sable et tirais sur les maisons. Le
sergent Wilkes: "sur quoi tu tires?", et je répondis
"Je ne sais pas." Le seul autre survivant
de la section de bateau que Roach pouvait voir était le soldat Gil Murdoch.
Les deux hommes étaient couchés derrière un obstacle. Murdoch
avait perdu ses lunettes et n'y voyait rien. "Tu sais nager?" demanda
Roach. "Non"
"Bon, regarde, on ne peut pas rester ici, retournons
dans l'eau, et laissons-nous porter par la marée." Il
reculèrent s'abritèrent derrière un tank détruit.
Tous deux étaient légèrement blessés. La marée
les rattrapa et ils s'accrochèrent au char. Roach se mit à nager
vers le rivage; le patron d'un LCVP le ramassa à mi-chemin. "Il me
hissa à bord, vers 10h30, et je m'endormis rapidement."
Roach finalement atteignit le talus, où
il aida des infirmiers. Le lendemain il retrouva les restes de sa compagnie. "J'ai
rencontré le Général Cota, j'ai parlé un peu avec
lui. Il me demanda de quelle compagnie j'étais. Je lui dis et il hocha
la tête. La compagnie A était détruite. Quand nous nous sommes
retrouvé, nous étions 8 bons pour le service."
(Cota demanda à Roach ce qu'il ferait
après la guerre. "Un jour j'irai à l'Université, j'aimerai
aller à Fordham." 5 ans, jour pour jour après, Roach étais
diplômé de Fordham. "Depuis," raconta-t-il en
1990,"il n'y a pas de jours où je n'ai pensé à ceux qui
ne sont pas revenus ce jour-là.") Le
bateau de l'adjudant Lee Polek était sur le point
de couler bas en approchant de la plage. Tout le monde écopait avec son
casque. "Nous criions à l'équipage de nous amener plus vite,
préférant combattre que de nous noyer. Comme la rampe s'abaissait,
nous fûmes touchés par des tirs de mitrailleuses et de fusils. Je
criais de se tenir prêt à nager et à se battre. Nous recevions
des tirs directement dans le bateau. Mes 3 chefs de peloton devant, et d'autres,
furent touchés. Quelques hommes grimpèrent par les côtés.
2 marins furent touchés. Je sortis dans de l'eau aux chevilles, essayais
de courir, mais j'ai eu de suite de l'eau jusqu'aux hanches. Je traînais
me cacher derrière un obstacle de ferraille. Des balles ricochaient dessus,
d'autres touchaient d'autres de mes hommes. Je remontais la plage en rampant derrière
le talus de galets et bien peu de mes hommes m'ont rejoint. Je comptais, 11 restaient
seulement sur les 30 du bateau. Quand la marée monta, nous retournâmes
en courant pour tirer les blessés à l'abri. Certains furent atteints
de nouveau sur la plage. Plus d'hommes groupés, plus de blessés
par les obus. Les hommes s'entraidaient." "Pendant
que nous étions agglutinés là, je dis à Jim Hickey
que je voudrais vivre jusqu'à 40 ans, travailler 40 heures par semaine
pour 1 dollar de l'heure (quand j'ai été recruté, j'avais
37,5 cents de l'heure). J'étais sûr de m'en sortir pour 40 dollars
la semaine." "Jim Hickey m'appelle
encore le 6 juin pour me demander: "Hé, sergent, tu te fais toujours
40 dollars la semaine?" ______________________________________
Extraits "Jour J à
l'aube"
Cecil Breeden est un jeune homme
tranquille de l'Iowa, un état du centre des Etats-Unis. Il est
l'un des 3 infirmiers qui partent à l'attaque dans la péniche
de commandement de la compagnie A du 116ème Infantry. Quand ces
hommes débarquent dans le pire secteur d'Omaha ce matin-là,
un des infirmiers tombe immédiatement et l'autre est grièvement
blessé. Breeden accomplira sa tâche seul toute la journée.
Debout sous le feu des mitrailleuses et des mortiers, il va de blessé
en blessé sans sourciller. Quand un GI touché tente de
le tirer à couvert, Breeden se dégage et répond:
"Pour l'instant c'est toi qui a écopé. Quand j'aurai
été touché, tu pourras t'occuper de moi".
Cecil Breeden est mort en 1991, sans avoir sollicité ni reçu
le moindre témoignage officiel de reconnaissance. Ses camarades
ont oeuvré pour que la Medal of Honor ou la Distinguished Service
Cross lui soient accordées, en vain. Pour les vétérans
de la compagnie A, Cecil Breeden demeure un véritable sauveur.
Pour les historiens du jour J, il se distingue parmi tant d'autres hommes
courageux comme l'incarnation de l'esprit des libérateurs. De
nombreux autres héros se sont révélés le
matin du 6 juin. Malheureusement, leur histoire n'a pas été
écrite et leurs noms ne seront jamais connus.
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