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(détails)
box de B24 larguant leurs bombes, on peut imaginer la dispersion
à l'arrivée des bombes à terre

(détails)
B24 survolant un convoi

(détails)
B24 près de la côte

(détails) Un
des rares cratères de bombes noté près
de la côte, sur Dog White, au droit des villas Godard,
photo à 12h30 le 6 juin
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Il était à peine 2 heures du matin
lorsque, à Bungay, les 33 "Liberator" à dérives
jaunes et noires du 446ème Bomb Group commencèrent
à rouler. Ouvrant la marche, celui du capitaine Charles
Ryan, surnommé "Red Ass" (le cul rouge), à cause du
coussin rouge qu'il avait cousu au fond de sa combinaison de vol.
A bord avait également pris place le commandant du groupe,
le Colonel Jacob I. Brogger.
Les quatre moteurs Pratt & Whitney de 1200 ch hurlèrent
leur pleine puissance comme pour houspiller l'avion qui s'élançait
trop mollement, et s'envolait presqu'à regrets tant il était
lourd. Derrière lui, un à un, s'élevèrent
les avions des quatre escadrons du Group. 33 pilotes : Ryan, McConnell,
Hornbuckle, Willis, Henderson, Beauregard, Crook et les autres.
Tous les avions du 446ème Group mirent le cap au Nord-Ouest,
en s'éloignant de la France, en fait vers la zone de rassemblement
du 20ème Wing, où ils allèrent laborieusement
former leur "box", groupe de bombardiers en forme de boîte,
avant d'emprunter le corridor aérien réservé
au 20ème Wing de la 2° Air Bomb Division.
Une fois encore, l'organisation avait été minutieuse.
A chaque unité, chaque avion avait été attribué
un plan de vol, des horaires et un objectif dûment identifié.
La 2ème Bomb Division fournit les 16 escadrons de 6 ou 8
B-24 "Liberator" contre les objectifs N° 35 à 38, entre
6h00 et 6h25.
Le mauvais temps protégeait les Allemands.
Très vite il devint évident que les conditions météorologiques
n'étaient vraiment pas favorables aux Alliés et
qu'elles imposeraient la procédure de bombardement sans
visibilité, encore moins précise... d'où
des précautions supplémentaires pour éviter
que des bombes tombent sur les fantassins sur le point de débarquer..
Afin de s'assurer que des bombes exploseraient à 1 000
m au moins des troupes d'assaut, il fut décidé
de retarder les largages après le moment déterminé
par radar.
Ces décalages allaient de cinq secondes pour les bombardements
prévus à l'heure H moins 15 minutes, jusqu'à
30 secondes pour ceux qui étaient prévus à
H moins 5. Par ailleurs, le plan de vol prévoyait une approche
perpendiculaire à la côte qui simplifiait la navigation
et exposait moins les avions à la Flak, tout en éliminant
le risque de méprise par les artilleurs amis.
Après leur attaque, tous les avions effectuèrent
un virage à droite pour regagner l'Angleterre, par l'ouest
du Cotentin.
Compte tenu des incidents de vol, une centaine d'avions sur
les 114 prévus participèrent à ces 4 missions
sur Vierville et la Percée. Les décollages s'enchaînèrent
à partir de 1h 55 du matin, et les rassemblements successifs
des escadrons se déroulèrent presque comme à
l'entraînement, sauf pour certains qui ne parvinrent pas
à retrouver leur leader. Il y eut aussi quelques accidents
et pannes diverses.
Au passage de la côte anglaise, les avions s'alignèrent
en six rangs, derrière un bombardier-guide équipé
d'un radar H2X qui donnait une image du sol masqué sous
les nuages. Le "Liberator" du Capitaine Charles Ryan atteignit
le secteur de l'objectif N° 37 (en bas de Vierville), peu
avant 6 h, une demi-heure avant l'Heure H. Il était très
exactement 5 h 56 lorsque le Lieutenant Jacobs, bombardier de
"Red Ass", ordonna le largage des bombes de 45 et 225 kg sur les
positions allemandes de Vierville-sur-mer. Ce bombardement
dura 20 minutes au cours desquelles la trentaine de pilotes du
446ème Bomb Group lâchèrent leurs bombes au-dessus
des nuages, sur les indications des avions-guides.
Cependant certains ne purent attaquer à
cause de la densité des nuages, ou, plus simplement, parce
qu'ils furent incapables de localiser leur avion-guide.
Pour les équipages des quadrimoteurs B24
"Liberator", il n'y avait aucune visibilité; ils ne pouvaient
rien voir que d'autres "Liberator: ceux qui étaient collés
derrière celui des leurs équipé du radar
spécial. Quand le bombardier-guide larguait ses bombes
les autres faisaient de même. Un tel système était
tout à fait inadapté au but recherché, et
ceci également en cas de bonne visibilité.
A 6000m d'altitude, avec des nuages épais
par dessous, un ciel qui commençait à éclaircir,
savoir où on se trouvait pouvait être un mystère.
De nombreux pilotes n'ont pu se repérer. Les ordres, si
l'on ne voyait pas l'objectif et si l'on ne suivait pas un bombardier-guide,
étaient de rentrer avec les bombes à l'aérodrome.
Dans son quadrimoteur, le lieutenant John Meyer
entendit sur le téléphone intérieur le copilote
se plaindre des nuages. Il disait: "c'est une sacré
arme secrète que Hitler a trouvé."
"Ce fut une journée décevante,"
dit le lieutenant Meyer, "Nous n'avons sûrement
pas accompli la mission." La seule bonne affaire fut la
légèreté de la Flak Allemande, et il n'y
eut pas de Luftwaffe. "ce fut une de ces missions ordinaires
sans risques ("a milk run")," conclut Meyer. Un pour cent
des avions furent touchés par la Flak.
On ne sait pas exactement où tombèrent
les bombes, probablement dans la campagne, dispersées au
Sud de Vierville, du coté de Louvières et Formigny.
Il semble que quelques batteries de 88mm de la Flak au Sud de
la RN13 ont été touchées. Probablement aucune
bombe n'a touché les points forts visés sur la côte.
Il y a eu des pertes civiles, puisque à Louvières
une trayeuse et un de ses jeunes fils furent tués à
6h du matin par une bombe perdue. C'était la grand mère
d'un futur maire de Vierville.
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