(extrait de La Renaissance
du Bessin)
A Englesqueville-la-Percée,
petite commune du nord du canton d'Isigny, les vestiges
d'une station radar constituent les traces indélébiles
de l'occupation allemande au début des années
40.
Parmi les
images les plus connues du "Jour le plus long', on se
souvient du guetteur allemand apercevant dans le grisaille
du 6 juin la flotte américaine. Réalité
des faits qui veut dire qu'il n'existait plus que ce "guet
de la mer", comme on disait au 17ème siècle,
pour assurer la surveillance des côtes. L'ensemble
des moyens de détection avait bel et bien été
annihilé. Parmi ceux-ci, la station radar d'Englesqueville-la-Percée.
Aujourd'hui, seuls quelques maigres vestiges subsistent,
loin des regards, et peuvent témoigner de l'existence
de ce maillon de la chaîne des stations couvrant
l'Europe. Henri Lepelletier, témoin privilégié,
puisque l'installation se situait sur des terres exploitées
par sa famille, nous en refait une description.
"C'est
dès la fin de 1940 que le repérage des lieux
est fait. Sur l'emplacement de l'ancien sémaphore
qui a été rasé, et au même
endroit ils ont fait des baraquements. Il fallait 30 personnes
tous les matins pour y aller travailler. Notre tour revenait
vite. Les radars ont été mis en service
vers 41/42, mais pour les casernements, en 44, ce n'était
pas encore terminé. Tout était fait à
la main, les terrassements, le béton, et sans enthousiasme
!..."
L'ensemble
est géré conjointement par la Luftwaffe
(aviation) et la Kriesgmarine (marine) possédant
sur le site leurs propres radars.
"Il
y avait environ 160/180 hommes dont 3 fois plus de la
Luftwaffe que de la marine. Ils n'étaient pas trop
méchants. Mais il n'y avait même pas d'eau
là-bas, il fallait leur en porter une barrique
tous les matins!"
Une route
est d'ailleurs créée spécialement
pour rejoindre la station, encadrée d'un champ
de mines d'environ 200 mètres d'épaisseur.
L'espace, par lui délimité, a la forme d'un
rectangle d'environ 500 mètres sur 250 mètres.
"Il
y avait un blockhaus dans chaque angle et deux sur les
côtés. Comme constructions, 2 casernes étaient
terminées et la centrale électrique".
La mise hors
service de ces installations fait bien évidemment
partie du plan de préparation d'Overlord.
"Ils sont
venus bombarder les deux mardis d'avant le Débarquement,
le 23 et le 30 mai. Le 23 mai, c'était des Mosquitos
de la RAF, ils ont mitraillé. On a ramassé
des douilles au râteau dans la cour (à
environ 400 m des lieux). Ils sont revenus avec des
bombes. J'ai vu des photos prises après ce 30 mal,
c'était détruit à 80 %. On n'a jamais
su mais ça m'étonnerait qu'il n'y ait pas
eu de morts. Ils ont évacué les lieux et
se sont réfugiés dans la ferme en face avec
tout leur matériel".
Au 6 juin,
l'emplacement est encore pilonné. "Les trous
de bombe se touchaient. Seuls deux fanatiques avec quelques
"kamarads" se sont défendus ; les autres se sont
enfuis ou rendus aux Américains".
Plusieurs
morceaux des antennes ont été jetés
en bas de la falaise afin de redonner vie aux terres agricoles,
rejetant ainsi quelques-uns des premiers éléments
indispensables aux futures guerres modernes.
Ses
Caractéristiques:
Unité
Luftwaffe: 10ème Flugmelde-Leit-Kompanie (Stellung
"Imme")
La station
radar d'Englesqueville compte, pour la partie Luftwaffe,
2 radars du type VVR FuSe 65 (Wurzburg Riese) destinés
à déterminer distance, relèvement
des avions et à diriger les actions de chasse.
La portée est d'environ 60 km avec une parabole
de 7,50 m de diamètre, en profilés d'aluminium.
La partie
maritime, baptisée "Seetakt" est située
au plus près de la falaise dont la hauteur de 45
m permet une portée de plus de 30 km.
Plusieurs
antennes de type "Freya", semblent avoir
été installées. (Kriegsmarine
FuMG 80)
Le 6 juin
la station était hors service du fait des bombardements
alliés
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(détails)Photo aérienne de la
Percée le 27 avril 1944(depuis Englesqueville
jusqu'à Vierville, WN 72 à 74)
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